Do Son

Opiomane indochinoise | Léon Busy [1915]

Opiomane indochinoise | Léon Busy [1915]

Saïgon. L’entrée dissimulée d’une fumerie d’opium. Une silhouette tourmentée s’y engouffre. Cet être assailli de monstres et de chimères, de cauchemars et d’angoisses, espère se soustraire à ses terreurs nocturnes.

La faible clarté de quelques lumignons épars crée une trouble atmosphère. Dans un jeu de lumières vacillantes, les volutes de fumée dessinent une fantasmagorie inquiétante et apaisante. Les peurs — si elles nous sont familières — confortent, réconfortent presque. Dans cette brume bleutée, l’homme s’abandonne aux profonds coussins d’une couchette. Une servante docile apporte, sur un plateau de laque noir aux reflets écarlates, une pipe d’ivoire et la dose d’opium. En quelques gestes mécaniques, la gracile domestique achève les préparatifs.

Une flamme. Et la chaude fumée emplit lentement les poumons.

Le corps revit ainsi les asphyxies libératoires. L’esprit entre en une méditation léthargique. L’égo effondré — un temps —, l’inconscient se déchaîne. Et la psyché se sature, dans un capharnaüm chaotique, de voluptés obscènes, de réminiscences enfantines et monstrueuses, d’images terrifiantes. Des femelles hybrides aux têtes méduséennes s’accouplent insatiables et se multiplient. Ces scènes infernales, qui assaillent l’esprit, se déroulent avec une lenteur apaisante. C’est dans cette distorsion du réel que cet opiomane — Persée décadent — décapite Méduse et qu’il terrasse, ainsi, ses angoisses.

Monstre immortelle, sans cesse, elle ressuscite. L’opium est une illusion, qui — sans fin — oblige à revivre ce duel incestueux.