Eau de lierre

Modèle inconnu | Ellen Rogers

Modèle inconnu | Ellen Rogers

Le crépuscule est l’aube des ombres. Esprits nocturnes, elles guettent l’obscurité, espèrent nos fatigues, pour surgir soudainement à notre conscience assoupie. Un flot incessant d’allégories monstrueuses nous assaille. Et dans l’illusoire torpeur de la nuit, le déroulement cinématographique de cette galerie tératologique incarne, fugaces et insaisissables, nos angoisses.

Les cris stridents d’une Gorgone décapitée nous sidèrent; veille après veille, se confronter à cette chevelure vipérine pour la terrasser. Mais elle revient, encore et encore. Jusqu’à notre épuisement, notre anéantissement.

À cette diabolique originelle, se sur-impressionnent des corps obsessionnels de femmes. L’une d’elles, réminiscence de cette chevelure serpentine et sanglante, s’anime. S’incarne en séductrice. Et l’homme de céder à cette froideur; insensible aux caresses, elle est impavide. Son corps inexorablement s’enroule autour de son amant. Jusqu’à l’asphyxier. Et pourtant, veille après veille, il s’abîme — et espère — cette jouissance mortifère. Il entrevoit la folie, mais dans un ultime spasme — orgasme ou agonie? — il inhale les vapeurs d’un lierre onirique. Et le bestiaire monstrueux, dans l’instant, s’évanouit.