L'Étoile

L’Étoile | B.A. Le Comte

L’Étoile | B.A. Le Comte

L’Arcane XVII est un intercesseur, qui émerge des Enfers pour créer la voute céleste. L’Arcane XV, lui, est une énergie chthonienne — figuration de notre inconscient —, qui entre en éruption; La Maison Dieu, à la façon d’un volcan, la canalise et la projette à la conscience. Et ce processus, qui naît des forces tellurique, s’inspire des antiques incubations pour libérer l’Homme de ses peurs primitives, de ses instincts bestiaux, et, aux influences de L’Étoile, le spiritualiser. À la façon de Solve et Coagula, l’Arcane XVII dissout la matière, la chair, et ancre l’esprit; le corps éthéré s’élève ainsi aux sources ouraniennes de La Lune et du Soleil.

Ce ternaire de lames rythme, à chaque station, les épreuves de la guérison. Ainsi, Le Diable — notre part obscure — est le Maître des Enfers; lieu qui, étymologiquement, est l’intérieur, l’en-deçà. Les Enfers sont nos entrailles, que des dogmes religieux — enrichis d’une iconographie fantasmagorique — projetèrent en des mondes oniriques, mythologiques. Dieu et Satan, anges et démons, ne sont que des représentations — des incarnations — des désirs et des peurs, des forces et des faiblesses, de la psyché. Cette compréhension iconoclaste effondre les dogmes, la morale inféconde. L’Homme s’affranchit des fausses idoles et accède, enfin, à la conscience de soi — qu’éveille les vibrations stellaires.

Si cette femme nue et agenouillée semble s’abandonner à soi, à son état de nature, les effets de l’influence luciférienne se perçoivent. L’étoile centrale de la lame est la Vénus du matin — comme le considère, notamment, Oswald Wirth dans son Tarot des imagiers du Moyen âge — que les Grecs archaïques baptisèrent Lucifer, porteur de lumière. La torche verte de l’Arcane XV annonce la froide, mais intense, clarté de L’Étoile; l’une et l’autre éclairent jusqu’aux profondeurs inaccessibles de notre inconscient. Et, ainsi, à la façon d’une incubation créatrice, les transcendent.

Cette connaissance de soi, si brutale et sans concession, nous effraye, nous tétanise; aussi, les hommes — au fil du temps — s’efforcèrent de nier, d’extraire d’eux, cette part obscure, notamment, en chargeant le théonyme Lucifer d’une atmosphère néfaste et maléfique. Ainsi souillé, il fonctionne à la façon d’un gorgonéion. Singulière et étrange confusion, qui préfère le déni à la conscience, l’ignorance à la connaissance. Involution, qui se comprend aux origines de l’astrologie. Les antiques savants distinguaient la Vénus du matin de celle du soir — croyant, trompés par sa trajectoire imprévisible, qu’il s’agissait de deux astres distincts. Lorsqu’ils comprirent leur méprise, ils déchurent Lucifer pour l’assimiler à Vénus. Ce déclassement astral imprégna la tradition judéo-chrétienne; l'archange déchu se confondit — à tort — avec Lucifer.

L’Étoile évoque la nuit; le sommeil, donc. Et puisqu’elle est la révélation de l’inconscient à la conscience, elle s’inscrit — singulier parallélisme — aux rêves curateurs d’Asclépios. En L’Étoile se forme un mouvement évolutif et guérisseur, comme celui qu’initient, par l’interprétation des rêves, les prêtres d’Asclépios pour soigner le corps et l’esprit. Mais l’émergence de cet inconscient refoulé, fut-elle guérisseuse, est une confrontation brutale et douloureuse — nigredo alchimique? — à nos ombres, que seules les eaux lustrales de ce verseau apaisent. Figuration de cette nature, sans cesse, recouvrée dans une génération perpétuelle l’antique phœnix, qui — en arrière-plan de la lame — niche aux branches d’un arbre orange. Oscillation salvatrice de la conscience à la folie; de la folie à la destruction régénératrice. Et, dans une singulière correspondance, les jarres d’eau et l’oiseau mythologique nous avertissent que si nous ne mourons pas de notre vivant, nous disparaîtrons à notre mort.