Impressions dominicales

Oreste & les Érinyes | John Singer Sargent [1921]

Oreste & les Érinyes | John Singer Sargent [1921]

La colère est une concubine, que nous aimons détester. Elle serait — nous le pensons — une folie destructrice — de songer, notamment, aux infanticides d’Héraclès —, une perte de soi qui nous fracasserait en des états déraisonnables. Sans doute, la colère est une passion effrayante, mais elle est aussi une liaison créatrice et féconde.

Sans elle, nous nous complaisons — nous enfermons — dans les illusions de l’intelligence. L’Homme aime à se croire raisonnable et rationnel. Vaine chimère. Il n’est que la marionnette du chaos de son inconscient — le vrai Maître de nos actions. Et nous nous épuisons à essayer — pur acte intellectuel — de l’ordonnancer, de le rendre cohérent, de lui créer un sens.

En colère, cet homme entre dans une transe, qui l’abîme aux profondeurs de ses ombres. Et dans cette fulgurante et abyssale chute, il libère ses énergies instinctives. Ni carcan moral ni peurs sociales; l’authenticité de l’être. La colère l’animalise. Dans cette transe — éclair de lucidité —, il se projette, se construit, par-delà Bien et Mal.

Saintes, les colères sont une ascèse de la connaissance intime de soi. D’une connaissance brutale et sans concession.