La Maison Dieu

La Maison Dieu | B.A. Le Comte

La Maison Dieu | B.A. Le Comte

Singulier arcane. Le premier — et le seul — à figurer une construction humaine. L’atmosphère, qui s’en dégage est ambivalente, si ce n’est ambigüe, comme le nombre six — La Maison Dieu est le sixième degré de la seconde série décimale du jeu — peut l’être. Premier pas vers l’esprit, il rompt, avec le seul ancrage dans la matière, dans une tentative de la spiritualiser; de la dépasser, donc. Il contient en soi l’opposition de la créature au Créateur, l’oscillation entre le bien et le mal, entre les forces chthoniennes et telluriques et les forces ouraniennes.

Cette opposition, qui n’est pas en soi — ni nécessairement — une contradiction, est l’orgueil du nombre seize — carré de quatre. La puissance matérielle y est si parfaitement accomplie que la volonté de puissance y est exaltée jusqu’à la déraison. Saine ambition, si elle est nietzschéenne, la surpuissance choque lorsqu’elle nie l’exigence d’humilité, notamment, judéo-chrétienne. Le tiraillement des aspirations humaines fait de La Maison Dieu le pendant tarosophique de la mythique tour de Babel. Dans une démesure prométhéenne — vaniteuse tension vers le divin — l’Homme prétend s’élever au rang de Dieu, des Dieux. L’hubris leur déplaît et, jalouses de leurs prérogatives, les divinités y voient le désordre, le chaos; la confusion, donc.

C’est cette confusion que la tour de Babel  symbolise — Babel, étymologiquement, dérive du verbe Bll, confondre. Aussi, lorsque Dieu châtie l’arrogance humaine, il prétend seulement rappeler aux hommes leur nature mortelle, leur précarité essentielle. La foudre s’abat et l’Homme chute comme Icare, qui se brûla les ailes aux rayons solaires. Mais le foudroiement crée une nouvelle ambivalence: dans les mythologies antiques — le christianisme ne déroge pas si nous songeons à d’anciens Tarots italiens, où le seizième arcane s’intitulait La Foudre — l’éclair est l’attribut des volontés et de l’hyper-puissance du Dieu suprême, mais les êtres et les animaux — les choses ou les lieux, parfois — foudroyés sont, ainsi, distingués. Cette brutale et violente théophanie consacre. En contraignant, par la foudre, l’Homme à son humaine condition, Dieu — dans le même mouvement — le sanctifie; le spiritualise, donc.

Cette bénédiction destructrice instille un tension intérieure. Si l’Homme est inconscient, il n’est qu’instincts et émotions - pure matière, il n’est pas parfaitement humain; pour s’humaniser, se dissoudre — Solve et Coagula —, il doit vivre en conscience. La seizième lame s’inscrit dans un processus, notamment alchimique. Les trois degrés blancs, qui conduisent à la tour, figurent le cheminement à entreprendre par le profane — Le Bateleur. L’initié doit, d’abord, accepter la nouvelle connaissance, ensuite apprendre et parvenir à l’intégrer pour, enfin, s’y abandonner. Ces trois marches franchies, l’apprenti accède à une porte verte — symbole de l’éternité — frappée d’un croissant de lune — l’énergie nécessaire à la révélation de l’occulte. Pénétrer à l’intérieur de la tour, c’est s’enfourner à l’athanor; c’est se brûler — matière première brute — pour se purifier et se dissoudre jusqu’à réaliser l’Œuvre au rouge, le rubedo.

Cette voie occulte, c’est-à-dire les ombres du monde exotérique, nous permet de sonder notre inconscient, de nous confronter à notre part obscure. Or, si nous lisons La Maison Dieu dans son contexte, nous comprenons que la descente en soi est provoquée par le Diable, l’Arcane XV. Et, en décomposant le processus d’introspection, l’Arcane XVI est la force tellurique, qui éjacule les forces chthoniennes de notre inconscient. Dans cette exposition génératrice les énergies primales se transcendent pour tendre aux cercles ouraniens, que figurent L’Étoile, La Lune et Le Soleil — ultimes étapes d’une initiation, qui s’achèvera — les reins et le cœur sondés — dans l’éveil ou la complétude du Monde.

En détruisant la vaine matière, que figure cette Maison Dieu babélique, Dieu nous libère de nos vanités pour nous recentrer et nous laisser entrevoir, métaphoriquement, que La Maison Dieu est notre corps — authentique temple de la divinité, de notre divinité intérieure.