[Wazamba]

Sarah Liévine | André Hachette [1917]

Sarah Liévine | André Hachette [1917]

Wazamba, inspiré d'un sistre, est d'une puissance et d'une bestialité primitives. La lourdeur monotone et ponctuelle de la percussion désoriente l'esprit. La raison entre en transe et, ainsi, libère les instincts charnels.

L'encens, intercesseur entre les hommes et les Dieux, esquisse l'idée de la puissance. Celle de la force; celle aussi de l'orgueil humain, qui, déchaîné, instille la volonté de se transcender; de se construire par-delà. Et dans les volutes d'encens, qui l'élève, ce vaniteux se croira Dieu.

L'instant est éphémère, car l'obsédant battement d'une régularité monotone résonne jusqu'à se confondre à la sensualité délétère de la myrrhe et de l'opopanax, qui échauffent, insidieusement, les sens. La bestialité recouvrée, brutalement, affaisse toutes velléités de démesure; le vaniteux n'est plus que chair. Et, dans un ultime sursaut d'orgueil, les notes lascives du labdanum, le réduisent à des pulsions violentes et sexuelles. Mais c'est une puissance, encore.

Le sillage sublime de Wazamba se dépouille des artifices intellectuels et culturels. Il se réduit aux sens purs, qui — inconscients — entremêlent aspirations élevées et pulsions instinctives. Et révèlent ainsi à l'homme, qu'il n'est qu'une oscillation permanente entre ces deux extrêmes.