Autoportrait idéal.

Autoportrait idéal.

Blaxandre, 1978, Genève.
 

La rédaction d’une biographie - fut-elle la mienne - est un exercice impossible; se saisir - non, se réduire - à quelques activités, anciennes & présentes, est fastidieux & inutile. Fastidieux, en ce qu’il impose un déroulement chronologique & exhaustif. Inutile, en ce que cet ordonnancement artificiel, même s’il se doit d’être exact, dissimule l’essentiel. Un individu ne se comprend ni dans ses titres ni dans ses emplois. L’auteur est plus complexe, nécessairement. Je m’interdis, donc, ce vain exercice.

Et l’exergue d’Evguénie Sokolov - Le masque tombe, l’homme reste, et le héros s’évanouit - m’incite, par pudeur, à me dissimuler sous un masque, fut-il tératologique & anthropomorphe. Ce choix n’est pas une posture, mais le désir de s’effacer derrière les textes; celui aussi de prolonger graphiquement Chypre Rouge d’une atmosphère irréelle. Idéale, donc.

Ces impossibilités - mes impossibilités - évacuées, il reste l’essentiel: filer la démarche esthétique, qui sous-tend - imparfaitement, encore - mon travail. En cela, Chypre Rouge, créé en 2011, est un fidèle curriculum vitae, où s’esquisse, au fil des chroniques, mes aspirations & mes renoncements, mes ambitions & mes erreurs, mes partis pris & mes détestations.

Si, à l’origine, Chypre Rouge devait traiter des seules odeurs & des impressions qu’elles suscitent, cet univers olfactif se révéla - si séduisant pourtant - insuffisant à saisir l’esprit décadent qui me corsète. Trop éloigné de l’hétéroclisme d’un cabinet de curiosités - un idéal esthétique de la pensée -, je me sentais restreint - presque contraint - par cette monomanie rédactionnelle; aussi, d’instinct, je brisai le cadre pour glisser insensiblement des odeurs au dandysme, du dandysme à la décadence, avant de m’égarer, parfois, en un orientalisme japonisant & idéal. Si cet éclectisme tendait à l’ordonnancement d’un cabinet de curiosités qui, reflets du mien, saisit plus subtilement, plus finement, mes exigences, certaines pudeurs me paralysaient encore. Aussi, subrepticement, sans déstructurer, ni renier, l’élégance construite des premières chroniques, je me confrontai, sans concession, aux monstruosités morales et aux curiosités pornographiques qui m’obsèdent.

Et si l’évolution est encore imperceptible, elle se marquera, nécessairement.


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