Le Geste suspendu

Chijimiuri & Shinwara Omiyo, par Utagawa Kunisado.

Chijimiuri & Shinwara Omiyo, par Utagawa Kunisado.

La semaine dernière, à la faveur d'une après-midi ensoleillée, je me promenai dans le quartier de l'église russe, à Genève; et, presque par hasard, m'aventurai dans le si charmant Cabinet des estampes.

En trois salles, d'une blancheur immaculée, défilait quelques trois siècles d'une liaison incestueuse entre le théâtre kabuki - genre dramatique & outré - et les images ukiyo-e - gravure sur bois des plaisirs & des divertissements. Les acteurs, en effet, dès l'époque d'Edo, commandaient, à des fins de publicité & de notoriété, soit leur portrait, soit des scènes extraites de leur spectacle.

Ainsi, la première salle de l'exposition, nous impressionne d'une iconographie aux couleurs puissantes & chaudes, il s'agit d'affiches publicitaires. La vanité, déjà, des acteurs imposent aux graphistes de les saisir dans des poses dramatiques - le mie - et de les distinguer en apposant à leur côté une cartouche, où figurent leurs armoiries.

La seconde salle - plus sobre, pourtant - donne le vertige; un alignement martial de dizaines de portraits d'acteurs & d'actrices. Galerie fascinante de l'ambition humaine, ces portraits furent commandés par certains comédiens pour susciter & entretenir, chez leurs admirateurs, le désir d'identification. Et cela, à en croire les chroniques du temps, fonctionnait déjà.

La troisième & dernière salle est d'un hétéroclitisme captivant. Dans un ordonnancement soigné, des estampes d'éventails, où figurent de sublimes courtisanes, s'entremêlent à des portraits posthumes, notamment celui de l'acteur suicidé Ichikawa Danjuro VIII, et aux kage-e - ombres, qui créent une proximité troublante avec son fétiche.

Le Geste suspendu, ou les Estampes Kabuki, du 10 octobre 2014 au 11 janvier 2015, Cabinet des estampes, Promenade du pin 5, 1204 Genève.