Estampes japonaises modernes, le sosaku-hanga

Le miroir, de Onchi Koshiro.

Le miroir, de Onchi Koshiro.

Dans une précédente chronique, j'évoquais, me calquant sur le rythme de l'exposition Estampes japonaises modernes, le shin-hanga; en respectant le même plan, je traiterai ici du sōsaku-hanga - littéralement, estampe créative -, second volet de cette rétrospective des mouvements de régénération de l'estampe.

Si l'esthétique du shin-hanga, que je méconnaissais, me séduisit inconditionnellement, celle du sōsaku-hanga me déplaît, du moins me laisse indifférent. La qualité des œuvres n'est pas en question. C'est l'atmosphère, qui se dégage d'une doctrine, d'un terne réalisme, que je qualifierai de soviétique; non, de totalitaire au sens qu'un vingtième siècle absurde donne à ce mot. Les corps - la forme absolue de la beauté - s'éclipsent au profit de scènes rurales ou urbaines; les rares, qui subsistent sont, dans une volonté de figuration du réel, attristés, enlaidis. Désacralisés, donc.

Cette esthétique mortifère, qui s'inspire largement des expressionnismes russe & allemand, incarne, à mon sens, toute la médiocrité élitiste d'une avant-garde, qui s'affranchit «des réseaux des éditeurs traditionnels» pour se tourner vers des «journaux littéraires, souvent éphémères», qui tiraient à quelques dizaines d'exemplaires. Un entre-soi infécond, où la création est davantage une revendication politique qu'esthétique; «ainsi, la marque du ciseau sur le bloc de bois devient l'expression de la personnalité de l'artiste», elle n'est plus une technique au service du beau.
Je délaisse, donc, ce genre. Sans regret.

Estampes japonaises modernes, du 3 mars au 22 mai 2016, Fondation Baur, Rue Munier-Romilly 8, 1206 Genève.