Araki

Modèle inconnu, par Nobuyoshi Araki.

Modèle inconnu, par Nobuyoshi Araki.

Les impressions d'expositions s'estompent nécessairement sans qu'il soit possible de les répéter. Et la première rétrospective française des travaux de Nobuyoshi Araki ne déroge pas. Seule une atmosphère trouble & ambiguë subsiste; les détails s'évaporent.

Une rétrospective, c'est un défilement, qui confond nécessairement l'évolution d'une œuvre et celle d'une vie; elle en dégage, donc, les constantes. Des Fleurs de vie au Voyage d'hiver, en s'égarant d'un Voyage sentimental à des séances de Kinbaku, ou en tenant un Journal intime, Nobuyoshi Araki décline son obsession des corps féminins. Celui de Yoko, sa compagne, notamment. Le Voyage d'hiver, qui saisit, chaque instant, d'une lente & inexorable agonie, qui stigmatise ce corps aimé, renvoie bizarrement au Voyage sentimental, qui, premiers instants d'un amour, saisit ce corps désiré. Et pourtant une même chair attristée s'esquisse d'une série l'autre. Seul, peut-être, un visage terrassé par l'orgasme évoque une passion amoureuse.

Mais les obsessions érotiques de Nobuyoshi Araki ne sont pas celles d'un esthète. Elles sont froides; cliniques, presque. L'œil du photographe est désérotisé. Il attriste les chairs de ses innombrables modèles & amantes éphémères. En pornographe, il les met en scène à la façon de pantins désarticulés & lubriques. Cette crudité sans fard m'éloigna de ses travaux. Ni pudeur ni morale dans ces réticences originelles. Un autre point de vue érotique; esthétique, donc. Mais blasé - ou déçu? -, j'apprends à redécouvrir l'obscénité de son réalisme.

Car l'obsession de Nobuyoshi Araki des corps est singulière. Il s'y devine cette exigence baudelairienne «d'éteindre la douleur sur des lits hasardeux». Cette nécessité existentielle du corps - même maltraité - , de l'épiderme - même marqué -, de l'autre est inextinguible. Rien n'apaise l'absence. Et cette impossibilité, au fil de l'œuvre de Nobuyoshi Araki, s'entrevoit; par faiblesse - peut-être - il s'abandonne à une vaine fuite en avant, où un corps chasse l'autre sans estomper - jamais - celui convoité & désiré. Ses travaux sont les témoins muets de cette douleur.

Araki, du 13 avril au 5 septembre 2016, au Musée Guimet, Place d'Iéna 6, 75016 Paris.