Dandies

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Cet essai, ancien déjà, n'a pas la prétention de certaines publications récentes, notamment le médiocre abécédaire Dandys, de Valérie d'Alkemade, d'étayer l'idée fausse, qu'il existerait dans nos sociétés contemporaines une caste nouvelle, celle des néo-Dandies. Si cette tendance m'interroge, je crains que son analyse m'éloigne de l'objet de cette chronique.

Le sous-titre de l'essai, Baudelaire & Cie, est sans ambiguïté. Roger Kempf néglige, dans un irrédentisme conscient, l'Angleterre pour s'attacher à la seule conception française - et donc si baudelairienne - du dandysme. Ce parti pris me séduit, car si une philosophie - le dandysme en est une - peut se passer de modèle, elle ne peut exister sans théoricien. Or, si l’Angleterre, certes, a engendré le premier des Dandies, George Brummell, ce sont Charles Baudelaire, singulièrement dans Le Peintre de la vie moderne - hommage à Constantin Guys - & Jules Barbey d'Aurevilly, avec son Du dandysme & de George Brummell, qui, les premiers, sans être dépassés, théorisèrent le dandysme.

Les douze chapitres, qui structurent cet essai, peuvent, pour un lecteur inattentif, sembler n'être qu'une accumulation d'anecdotes, d'extraits de correspondance & de citations érudites; une telle lecture inintelligente doit laisser, je le crains, un sentiment d'extrême superficialité. Et pourtant cette litanie d'éléments épars et, parfois, contradictoires, que commente avec subtilité & subjectivité Roger Kempf, crée une mise en abyme, qui trahit les évolutions, les errances & les ruptures de certains Dandies; elle révèle, aussi, à contretemps, la profondeur du dandysme & les codes de son esthétique intransigeante.

Dandies, Baudelaire & Cie, Roger Kempf, Éditions du Seuil, 1977.