De l'orthographe dandy

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

La sémantique véhicule - à son insu? - les connotations, les assimilations ou rejets, qui façonnent les mots; de la banalité pratique de l'automobile à la complexité essentielle de l'ataraxie, la graphie, qui trahit une sonorité, influence nos perceptions. Et dandy ne déroge pas.

Ce substantif, insaisissable, est d'origine britannique, mais incertaine. Il apparaît, pour la première fois, aux frontières de l'Angleterre & de l’Écosse, en 1780. C'est Lord Byron qui, une trentaine d'années plus tard, imprime à dandy, son acception, si ce n'est contemporaine, du moins historique, lorsqu'il évoque, dans sa correspondance, son amitié pour George Brummell.

En français, dandy est attesté, dès 1817. Ironie ou hasard, c'est un écrivain anglais, Lady Morgan, qui l'utilise, pour la première fois, dans son ouvrage polémique, La France. En quelques lignes efficaces, cet hapax - encore - saisit, seul, la curiosité, l'incompréhension & la trouble admiration, qui, dès les origines, ne cesseront de corseter les Dandies: «J'ai vu un dandy de Londres, paraissant tout à coup dans une assemblée en France, y produire une aussi grande sensation par la nouveauté de ce caractère, et par l'impossibilité où l'on se trouvait de pouvoir le définir... - Mais qu'est-ce que cela? - Je répondis, un Dandy. - Un Dandy! répéta-t-elle: un Dandy! c'est donc un genre parmi vous qu'un Dandy»? La complexité du dandy est contenue, entière, dans cette première mention.

D'origine incertaine, son étymologie est, donc, hasardeuse. Dans la seconde édition de son essai, La Grandeur sans convictions, Marie-Christine Natta en énumère les racines douteuses; et les exclut. Ainsi, dandy ne dérive - ni de dandiner; - ni du dandi-pratt, pièce de monnaie sans valeur; - ni de dandelion, soit - en français - du dent-de-lion, ou pissenlit; - ni même, enfin, de «Jack a Dandy, un jeune fat excentrique écossais». Quelques auteurs, qu'il serait fastidieux d'évoquer, ici, suggèrent d'autres hypothèses, encore. Certains découvreurs inféconds étayent des thèses scabreuses; d'autres, intellectuels verdâtres, épuisent, par pur académisme, toutes les hypothèses - et, avec elles, leurs lecteurs. De cette ignorance, le dandysme, seul, s'impose; l'étymologie de dandy doit - fidèle à sa doctrine - demeurer une énigme; la clarifier serait si décevant.

D'origine anglaise, donc, il convient de suivre en français son orthographe originelle; ainsi, le pluriel de dandy - quoiqu'en pense la neuvième édition du dictionnaire de l'Académie française - n'est pas alternatif - dandys ou dandies -, mais exclusif - dandies. L'élégance de la graphie, seule, plaide en ce sens.

Une évidence; la seule. Dandy est un substantif masculin. L'esprit même du dandysme - doctrine misogyne - prohibe le genre féminin; et la réflexion de Charles Baudelaire, au troisième feuillet de Mon cœur mis à nu, de nous convaincre, sans appel: «La femme est le contraire du Dandy». Ce serait puéril de prétendre féminiser dandy par suivisme d'une mode - déjà démodée. À cette certitude succède l'interrogation de son emploi sous la forme d'un adjectif. Il semble si restrictif, comme le suggère implicitement l'entrée dandy - du dictionnaire de l'Académie -, de ne point l'adjectiver. À cet égard, Roger Kempf s'impose, dans son essai, Dandies, une règle d'une simplicité élégante: écrire, pour le nom & l'adjectif, au singulier, dandy; au pluriel, dandies. Et, sobrement, se soumettre à cet ordre.

Et de conclure cette brève note, trop théorique peut-être, par une dernière précision. Elle ne concerne pas le terme dandy, mais l'instigateur du dandysme, George Brummel. Jules Barbey d'Aurevilly, par inadvertance sans doute, supprima dans son traité, Du dandysme & de George Brummell, un l au patronyme du prince des Dandies; si cette coquille créa, depuis, une confusion chez les rédacteurs & éditeurs, elle fit le bonheur des bibliophiles.