Quelques portraits de Dandies

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Ce petit ouvrage édité - presque confidentiellement - à sept cent cinquante exemplaires est d'une délicatesse rare. Il m'accompagna, délicieusement, quelques instants, en cette période récente, et si ennuyeuse, de fêtes de fin d'année.

Le portrait élégant de six dandies est précédé d'une digression, Les Cannes de M. Paul Bourget. Cette introduction laisse deviner que les accessoires de mode sont, au cœur de ce recueil, l'essence du dandysme. Ainsi, de cette collection de cannes - énumérée exhaustivement & décrite avec minutie - aux cravates de Maurice Barrès, en s'égarant vers le dandysme instinctif de Jules Barbey d'Aurevilly ou en se concentrant sur l'absolutisme de Charles Baudelaire, Eugène Marsan croque, au prétexte de futilités, la colonne vertébrale des raffinements de certains esprits supérieurs.

Les saisir tous, ici, ruinerait la lecture de ce précis; se concentrer, partial, sur «une soumission absolue aux lois de la mode» & qu'il porta, ainsi, - «une redingote olive», en 1800, - «un habit bronze-cannelle», cinq ans plus tard, ou - «un habit bleu de roi vers 1830», Stendhal n'était pas un élégant par snobisme; les vêtements & accessoires structuraient le personnage, qu'il désirait être.

Et cette posture, si dandy, lui donnait, à l'évidence, du chic - néologisme de 1793, que les Muscadins imposèrent en substituant «les grandes manières à jamais perdues d'avant la Révolution par on ne sait quoi de bien qu'on ne sait comment nommer». L'élégance stendhalienne - y compris celle de certains de ces personnages - est insaisissable, indéfinissable. So chic, donc.

Quelques portraits de Dandies, Eugène Marsan, L'Éditeur singulier, 2009. Édité originellement en 1923.