Dictionnaire du dandysme

Modèle & photographe inconnus.

Modèle & photographe inconnus.

J’évoquai, il y a quelques années, Le Petit dictionnaire du dandysme. Cet ouvrage est une perle d’intelligence & de subjectivité - de dandysme, donc. Son auteur, Giuseppe Scaraffia, n’avait pas l’ambition d’épuiser son objet, mais celle - si compliquée - de croquer une atmosphère; il y réussit. Les auteurs du Dictionnaire du dandysme, eux, n’écrivent pas à la façon dandy, mais se concentrent sur les faits, la chronologie & leur analyse. Si cette démarche scientifique prétend disséquer une institution vague & bizarre - selon les termes de Charles Baudelaire, qui le premier la théorisa -, elle l’enserre trop, la réduit à un phénomène ancien & révolu. L’atmosphère se dissipe; l’érudition s’esquisse.

Cet indispensable dictionnaire ne se lit ni au gré des envies ni à la façon d’un essai; il se lit au gré des curiosités ou des besoins. En recenser chaque entrée serait un vain exercice. De l’Anglomanie à la Décadence en passant par les Jeunes-France sans négliger ni le Narcissisme du dandysme ni même son Originalité, les principes dandy s’égrainent au fil des pages. Ils se complètent avec finesse d’une brève recension des Attributs - Canne & Gants, notamment.

Deux sections encore précisent la dissection, Personnes & Quelques personnages littéraires. Et c’est sans doute celles-ci, qui sont la faiblesse de ce livre. Dans un académisme impeccable, les rédacteurs méconnaissent les ambiguïtés intrinsèque du dandysme. La réalité & la fiction ne divergent pas; elles se confondent. Les Dandies se construisent artificiellement; et grâce à cette ascèse - pure volonté -, ils façonnent la trivialité du réel à leur vaine ambition. Si le dandysme est un artifice, alors ses disciples sont nécessairement des fictions, des créations. Littérature & existence ne sont qu’un même matériau; la distinction, inopérante. Le choix des biographies interroge, aussi. Sont-elles exhaustives? Et si elles ne le sont pas, quels critères présidèrent à l’élection ou au bannissement? Serge Gainsbourg serait-il plus dandy que son clone Evguénie Sokolov? Et Honoré de Balzac serait-il plus légitime - du fait de ses minutieuses observations sociales, qui lui dictèrent d’innombrables figures de Dandies - à en être, alors que Joris-Karl Huysmans - auteur d’À rebours, manifeste d’un décadentisme, qui structura notamment Le Portrait de Dorian Gray - en est exclu?

D’autres interrogations, notamment relatives aux femmes-Dandy - thème d’une prochaine chronique -, pointent. Mais ne pas les trancher, car cet ouvrage est une référence pour celui qui prétend théoriser le dandysme, ou l’incarner. Cette référence, toutefois, n’est pas indépassable; addenda, repentirs ou retranchements s’envisagent. L’espoir d’une prochaine réédition revue & augmentée.

Dictionnaire du dandysme, Sous la direction d’Alain Montandon, Éditions Honoré Champion, 2016.