The hand

Gong Li, in The hand.

Gong Li, in The hand.

Le hasard, ou la fatalité, d'une rencontre précieuse & rare m'introduisit à l'esthétique léchée & construite de Wong Kar-wai. J'éprouvais une étrange réticence à me confronter à cet univers inconnu - si peu éloigné du mien, pourtant -, mais la curiosité de l'autre m'infléchit. The hand fut une révélation.

Ce moyen métrage, s'il s'inscrit dans un cycle collectif d'une platitude lénifiante, s'en distingue. C'est un subtil équilibre entre une perfection formelle & une atmosphère complexe, qui entremêle perversion, amoralité & sublime déchéance. Une quintessence, donc.

L'obsession d'un homme pour le corps d'une femme, Miss Hua. De l'amour? Peut-être. De la passion, c'est-à-dire de la souffrance, nécessairement. Et cette main, en leitmotiv entêtant, se fait instrument d'humiliation, puis de jouissance. Cette évolution accompagne la déchéance d'une putain, qui, de mondaine, est réduite à satisfaire les pulsions brutales & primaires de dockers & de marins qui la prennent dans des hangars sordides - plan sublime -, lui inoculant, ainsi, la syphilis.

Cette main se fait, la première fois, cruelle & perverse. Elle, la mondaine en vogue, caresse avec dédain ce jeune apprenti-tailleur d'une beauté simple. Cette jouissance se veut dominatrice & humiliante; la lui prodiguer pour lui signifier - orgueil féminin - qu'il ne la possédera jamais. Mais cette main, la seconde fois, se fait amoureuse & expiatoire. Ce que cette femme refusait de donner, elle ne peut, agonisante, l'offrir. Aussi, avec une sensualité mortifère, cette main caresse intensément cet amant impossible. Et il se dégage de ces ébats, en retenue, une intensité troublante. L'effleurement de deux épidermes, irrémédiablement & fatalement liés, suffit à une perfection qu'aucun artifice ni accessoire ne peut atteindre.

The hand, Wong Kar-wai, 2004.