[Cuir mauresque]

 Modèle & photographe inconnus

Modèle & photographe inconnus

Son sillage m'évoque le dos sublime d'une femme. Les quelques notes de fleur d'oranger en esquissent la pureté des lignes; l'écorce de mandarine, la douceur de l'épiderme. Cette vision fugace suscite le désir d'effleurer ce dos. Les courbes dorsales, nerveuses & graciles, dirigent des doigts légers aux caresses imperceptibles; ces effleurements s'épicent de cannelle, de muscade & de girofle. Sur ce dos, encore innocent, la pression des doigts s'intensifie; des mains indécentes suggère la moiteur d'un cumin charnel.

La tension affranchit les pudeurs; les caresses s'animalisent. Le dos se teinte, fébrile, d'odeurs entremêlées d'ambre & de civette, de cèdre & de musc. Le cuir des épidermes écrase, enfin, le désir. À l'abandon succède une nostalgie lucide, qui, dans une ultime & vaine décence, voile ce dos, sublime & vaincu, de fumée de myrrhe, de styrax & d'encens.