[Eau de lierre]

 Graveur inconnu [1937]

Graveur inconnu [1937]

Le crépuscule est l’aube des ombres.
Esprits nocturnes, elles guettent l’obscurité, espèrent nos fatigues, pour surgir soudainement à notre conscience assoupie. Un flot incessant d’allégories monstrueuses nous assaille. Et dans l’illusoire torpeur de la nuit, le déroulement cinématographique de cette galerie tératologique incarne, fugaces & insaisissables, nos angoisses.

Les cris stridents d’une Gorgone décapitée nous sidèrent; veille après veille, se confronter à cette chevelure vipérine pour la terrasser. Mais elle revient, encore & encore. Jusqu’à notre épuisement, notre anéantissement.
À cette diabolique originelle, se sur-impressionnent des corps obsessionnels de femmes. L’une d’elles, réminiscence de cette chevelure serpentine & sanglante, s’anime. S’incarne en séductrice. Et l’homme de céder à cette froideur; insensible aux caresses, elle est impavide. Son corps inexorablement s’enroule autour de son amant. Jusqu’à l’asphyxier. Et pourtant, veille après veille, il s’abîme - et espère - cette jouissance mortifère.

Il entrevoit la folie, mais dans un ultime spasme - orgasme ou agonie? - il inhale les vapeurs d’un lierre onirique. Et le bestiaire monstrueux, dans l’instant, s’évanouit.