[Onirisme pervers | Scène I]

 Takato Yamamoto.

Takato Yamamoto.

La pénombre du crépuscule esquisse en filigrane la silhouette d’une femme. Les clartés d’un jour finissant estompent sa nudité. Singulier et tentateur jeu d’ombres, qui entremêle et confond la courbe des seins, les galbes des hanches et la délicate toison jusqu’à créer sur les murs dépouillés des figues insensées et séductrices. Surconscience d’un inconscient érotique aussi éphémère qu’insaisissable.
La projection de ces visions troublantes esquisse une main, qui, lentement, s’égare sur un épiderme diaphane. Yoshiko s’ennuie; ses caresses s’alourdissent. Indolente, elle est étrangère à son corps. Mais, au gré des mouvements, les chairs se tendent imperceptiblement. Et l'ennui se met à espérer; les caresses s’intensifient. Les seins dardent; les lèvres s’entrebâillent; et les doigts effleurent les tétons. Le souffle s’accélère. De la poitrine la main glisse entre les cuisses; elle s’y enfonce. Et la respiration se saccade. La peau s’imprègne d’une fine sueur salée.

Des pas dans le couloir.
Yoshiko cesse de se branler. Son esprit est endolori. Il oscille entre déception et résignation. Les yeux éteints; le visage inexpressif. Elle se lève nonchalante et coulisse la baie vitrée. La lourdeur d’une nuit tropicale cingle son corps nu et humide. Étrange sensation de plénitude. Sa main se plaque d’instinct sur son sexe inassouvi.

Une cloison s’ouvre derrière elle. Elle est impassible.
Un homme nu, peau mate et légèrement hâlée, muscles sculptés, est introduit; la cloison se referme. Ses mains entravées dissimulent - singulière pudeur - son sexe.
Yoshiko est absente. Elle croque un abricot. Elle est submergée des regrets d’amours interdites. Le suc s’échappe de ses lèvres. La douce fraîcheur du fruit l’anime. L’incarne, presque.

Soudain, elle se retourne. Le regard dur et impavide, elle n’est plus cette beauté paresseuse. Bête de proie, elle scrute ce corps soumis. Séduite, elle en jouira.
Elle s’en approche et le désentrave. Cet esclave pourrait la bousculer, la battre et s’enfuir, mais il est médusé. Cobra hypnotique, Yoshiko joue de cette sidération et danse, lascive et insensée. Elle frôle ce corps et s’en éloigne, se dévoile et se dissimule. Il est inerte.
Si contre lui, qu’elle ressent chaque frémissement de son épiderme, elle empoigne sa verge pantelante. La peur le paralyse; et lentement, souffle contre souffle, elle le branle. L’adrénaline et le mouvement répétitif tendent ce sexe.
Yoshiko se laisse glisser contre ce corps jusqu’à s’agenouiller. Elle embouche la queue. Sa langue s’enroule sur le membre. Et de caresses en succions, le sexe turgescent bande ce corps musclé. Ses doigts agacent les testicules; et ses ongles les égratignent. Le corps est saisi de spasmes. Il n’est plus que désir. Et cette bouche dominatrice accélère et ralentit, effleure et avale. Les caresses se rythment à contretemps pour interdire l’éjaculation.
Continence douloureuse.

Soudain, l’obscurité est déchirée d’un éclair d’acier. D’un geste chirurgical, une lame affutée lui tranche les veines de l’avant-bras.
Yoshiko, obscène et impudique, bascule sur le dos. Elle entraîne ce corps chancelant dans sa chute et s’empale sur sa queue. L’homme s’enivre de la vision de cette fente mouillée et velue; comme possédé, il écarte, jusqu’à l’écartèlement, les jambes de Yoshiko et la baise brutalement. Et sous la violence de ce membre, qui la déchire littéralement, elle se contracte.
Le sang de cet amant perle sur ses seins. Elle l’étale, frénétique, sur sa poitrine et son ventre. La moiteur métallique exacerbe les sens de cette furie. Ses membres se tétanisent et, à chaque coup de boutoir, elle défaille davantage.

Yoshiko n’est plus qu’instinct. Son plaisir est impérieux et désordonné. Elle se consume de l’intérieur. Lui, exsangue, n’est plus que glace. Mais ultime pulsion de mort, il la baise métronomique pour se libérer une dernière fois.
La queue enfoncée jusqu’à la garde, il finit, dans un râle bestial, par décharger. Yoshiko le repousse, dans l’instant. Elle enfonce ses doigts vermeils dans son sexe pour les enduire de cyprine et de foutre. Et dans ces caresses, elle fusionne le sang au sperme.