[Onirisme pervers | Scène II]

 Takato Yamamoto.

Takato Yamamoto.

Un entrelacs de paravents aux figures oniriques et de lourdes tentures aux reflets bleutés structurent le vide de cet espace désaffecté. Un air froid et humide s’insinue par les lézardes des murs et les vitres brisées. Des cierges et quelques chandeliers éclairent cette atmosphère désolée.

Au centre de ce décor éphémère, une jeune femme blonde à l’épiderme diaphane est abandonnée. Sa nudité trahit l’innocence. Elle est vierge, encore.
La pénombre la désoriente et le vacillement erratique des flammes l’épouvante. Les ombres sont des chimères insaisissables, qui, en un instant, se muent en des visions cauchemardesques. Elle sanglote. Chaque bruissement, que le vide intensifie jusqu’à l’angoisse, est une terreur. Elle hurle.
Et s’épuise dans ses cris.

Deux silhouettes vipérines se lovent, jusqu’à se fondre, dans les tentures. Elles attendent immobiles.
Soudain. Elles foudroient la vierge et l’entravent au sol. La froideur de la pierre mord ses chairs. Électrisée, elle se pétrifie. Ni cris ni larmes.

Quelques instants, qui s’éternisent.

Des bottes résonnent. Une femme fend les tentures; des paravents chutent.
Elle, l’incandescence, tranche dans cette atmosphère glaciale. Les traits fins de son visage s’affinent encore sous cette chevelure jais échevelée. L’ondulation des lumières reflète l’éclat vermeil de sa peau d’ébène et exacerbe une musculature nerveuse. Son dos ciselé et puissant s’achève sur des hanches lascives. Le corps de Dagmar est celui d’une guerrière et d’une amante. Il est fait pour les violences et les voluptés, pour la cruauté et la sensualité.
Mais cette féminité exacerbée est ambiguë. Son sexe est un godemiché de cornaline, qui se substitue à une intimité suturée et excisée. Singulière androgyne, Dagmar tend à une perfection contre nature.

Maîtresse de soi, elle s’agenouille entre les cuisses ouvertes de la vierge. Elle détaille ce corps frissonnant, dont seules les souffrances - peut-être - provoqueront une jouissance interdite. Elle le veut.
D’une main leste et adroite, elle presse son membre minéral à l’entrée d’un sexe hermétique. Profane, la queue s’impatiente. Dagmar la retient.
Les regards se croisent et se pénètrent. La proie supplie; le fauve est impavide.
Un cri aigu et strident fuse. Quelques gouttes de sang perlent. Le sexe de pierre s’enfonce avec une lenteur cruelle et écorche les muqueuses sèches. Lubrifiant sanglant. Les reins impriment un mouvement alternatif puissant et régulier.

Les silhouettes vipérines se mêlent en un ouroboros obscène. Tribades froides, les langues sifflantes s’insinuent dans des vulves béantes. Ces caressent les échauffent; les animent, donc.

Et Dagmar s’échauffe de la vision de cette frénésie sexuelle. Excitation cérébrale. D’instinct, elle accélère son va-et-vient. Son sexe est insensible. Frustrée, ses ongles lacèrent le buste de la vierge. Ni le sang ni les cris ne l’avivent.
Énervée, elle baise ce corps meurtri. En vain.
Les tribades s’épuisent dans la jouissance; Dagmar, dans une frigidité douloureuse.