[Onirisme pervers | Scène III]

 Takato Yamamoto.

Takato Yamamoto.

Une nuit de novembre tempétueuse. Les pâles reflets lunaires disparaissent derrière de sombres nuages - camaïeu d’anthracite. Les éléments se déchaînent ; la colère du vent se brise contre les murs de pierre. Les vitres vibrent et leur écho résonne à travers le plancher. Les lumières vacillent et créent des ombres chimériques. Inquiétantes.

Une jeune femme, paresseusement allongée, se joue de cette atmosphère. Son esprit fantasque se délecte de ces apocalypses météorologiques fulgurantes. Et Sybil s’effraye ludique de lectures gothiques. Le Moine, d’Artaud.
Les déchéances si catholiques d’Ambrosius l’avivent et la séduisent. Elle se désire cloîtrée dans ce souterrain vicieux ; elle se veut souillée et violée.
Malgré ses sens avivés. Malgré le chaos nocturne. Le sommeil la vainc.

Une créature presque humaine, grimée de noir et croulant sous les breloques bariolées, se rue sur ce corps endormi. Sybil ressent confusément cette présence brûlante et déplaisante. Elle s’y oublie.

Préliminaires bestiaux.
Ce barbare arrache la nuisette. Et cette délicate nudité l’excite. Sa puissance virile se tend ; et Sybil, qui hésite entre sommeil et veille, s’y soumet.
Une bouche édentée et cariée dévore cette poitrine naissante. Et pollue cet épiderme aux finesses virginales. Des doigts épais et velus branlent un sexe étroit. Ils y pénètrent profondément, sans ménagement. Sensations douloureuses ; Sybil s’y complait.

Possession onirique.
Une queue aux proportions exagérées se libère. Kundalini obscène, elle se déroule - soudaine et brusque- dans son ventre et laboure les entrailles. La douleur étreint Sybil. À cette cadence implacable, elle s’asphyxie et s’abandonne à cet étrange rêve, qui lui révèle des sensations enfouies. Elle s’y livre, curieuse et résignée.
Une flamme irrépressible, intarissable, l’embrase. Elle n’est plus que cendres - nigredo charnel.

Les lueurs d’une Vénus naissante irradient ce corps défait. Évanoui. Seule, Sybil se réveille. Et son esprit déroule la pellicule cinématographique de ses terreurs nocturnes. Singulière imagination. Mais ses doigts glissent distraitement entre ses cuisses moites. Ils se maculent d’une âcre semence.
L’amertume d’un plaisir incontinent et illusoire, pense-t-elle.