[Onirisme pervers | Scène IV]

 Takato Yamamoto.

Takato Yamamoto.

Au rythme réitératif et lancinant des percussions, une femme lascive danse et ondule serpentine. Des étoles de soie aux reflets azurés virevoltent et esquissent les courbes d’un corps nerveux et gracile. L’épiderme tatoué d’un dragon japonisant, qui se déroule en puissance, se confronte aux monstres antiques - hybrides anthropomorphes - des piliers sculptés.
Sous les clartés lunaires, Tatsuki saccade ses mouvements et syncope sa respiration. Et ainsi crée ses transes.

Les étoffes glissent au sol. Elle est nue, entièrement.
Seuls quelques bijoux d’argent et de platine structurent cette silhouette. La pénombre contraste un sexe glabre aux lignes éduquées; un anneau ciselé - ouroboros originel - le scelle.

Au centre de cette cour triangulaire, un colosse de marbre noir, espèce de satyre dionysiaque. Sa verge de cornaline se dresse impudente. Tatsuki se frotte, sans pudeur, au membre minéral.
Et, ondulante, s’agenouille, l’agace de sa langue et l’embouche. Ses fines lèvres impriment un lent et intense mouvement de succion; ses doigts synchronisés s’égarent entre ses cuisses et se jouent de l’anneau. Ses muqueuses, ainsi effleurées, se gorgent de sang et se tendent.
Elle se renverse, irrépressible, sur le dos et écarte ses jambes jusqu’à l’obscène. Elle veut cette queue au fond de sa matrice. Elle veut être prise; déchirée, littéralement.

Subrepticement, une négresse au corps obèse et épuisé surgit d’une colonne. Ses chairs flétries pendent nonchalantes; stigmate d’anciennes débauches, son visage se vérole. Seuls, deux yeux d’une noirceur abyssale scintillent d’une singulière beauté. L’hideur morale déforme les traits jusqu’à créer cette laideur physique, qui - si repoussante soit-elle - dégage une animalité sensuelle irrésistible.
Ce corps défait, déchu, se love aux courbes délicates et fauves de son amante. Et les tribades effrénées s’effleurent et se caressent, se baisent et se branlent.
Les cuisses de Tatsuki enserrent, impérieuses, le visage d’ébène.
La langue servile s’insinue, insidieuse et perverse, entre les lèvres infibulées et virginales. L’innocence est factice. Si l’hymen est intact, l’esprit est corrompu. Et la négresse inassouvie lèche cette virginité corruptrice et tentatrice.
Sur le fil de la jouissance, la langue se retient. Elle le doit. L’orgasme est interdit, encore.

Frustrés, les corps se désunissent et s’éloignent.

Et Tatsuki s’offre en levrette à la divinité virile.
L’anneau interdit la voie génératrice; seule celle des extases déviantes et infécondes s’entr’ouvre. Elle sent la verge de pierre presser l’orifice. Elle s’animalise. Et s’y empale, irraisonnée.
Elle s’y cogne, frénétique et brutale. Le membre s’enfonce aux fondements - profondeurs infinies et merdeuses de l’être. Elle s’y cogne, encore et encore. Transe paroxystique, qui s’achève dans un cri viscéral.
Incontinente, Tatsuki se décharge dans un flot de cyprine. Et purgée de ses ombres, elle s’effondre inanimée sur ce membre priapique.