[Portrait of a lady]

 Modèle inconnu | Caryn Drexl

Modèle inconnu | Caryn Drexl

Sa pâle nudité esquisse une silhouette absente, désincarnée. Et son épiderme diaphane, que contraste une chevelure noire, suggère une torpeur trompeuse. Sous ce masque maîtrisé et implacable, les obsessions inconscientes affleurent; les yeux reflètent une animalité domptée, à peine.

L’étreinte est stylisée.
Renversée sur le dos, cette femme frémit aux caresses précises et expertes de son amant. Éphémère, nécessairement. Mécanique des corps convenue, presque terne. Et pourtant la séduction opère.
Comme à distance, l’homme la détaille. Hypnotique érotisme du regard, qui nourrit un imaginaire sensuel et créateur. Et il perçoit, aux premiers instants, les sourdes métamorphoses. Sidération. Il est sans résistance à cette attraction obscure, à ces promesses de transes profanes.
Ses caresses se troublent. Leur intensité sauvage animalise ce corps, imperceptiblement, Sous ses doigts, il sent les obsessions primitives enfler. Elles sont contenues, encore. Il se laisse glisser sur ces chairs tétanisées. Sa langue vipérine agace et pénètre cette intimité déséduquée. Les tièdes moiteurs se confondent.
Les caresses buccales achèvent d’ensauvager cette femme. Le masque chimérique se fissure; et se brise. Et dans ce chaos, les ombres enfin! déchaînées distordent cette beauté antique. Une laideur sublime s’insinue. Elle est en rut et s’abandonne à ses instincts.

En elle.
L’amant se pétrifie. Hideur méduséenne, qui instille - impérieuse - d’insatiables corruptions. Il s’abomine, mais s’y livre. Et ses mains irrésistibles, incontinentes, comme pour le trancher, enserre ce cou.
Les corps entremêlés se figent, un instant.
Et dans des râles gutturaux et obscènes, ils se déchargent.

Le temps se suspend. Les ombres s’évanouissent. Et les masques ressuscitent.