Charogne

Faye Dunaway, in Portrait d'une enfant déchue.

Faye Dunaway, in Portrait d'une enfant déchue.

Je me rendis, par hasard, aux vêpres, jeudi dernier. Dans le crépuscule des cierges, cinq prêtres, ceints d'une chasuble rouge, officiaient; l'évocation de la Passion renvoya mon esprit à d'anciennes & idéalisées veillées funèbres, où les lys, pléthoriques, au pied du catafalque, saturaient l'air vicié par les chairs en décomposition. Les sanglots secs des pleureuses, nécessairement italiennes, en grand deuil, saccadent leur respiration. Elles s'asphyxient de Charogne.

Cette vanité olfactive me saisit. Sa beauté, trouble & éphémère, se corrompt, irrémissible. Les lys stylisés ne dominent qu'un temps les notes animales & cuirées; cette animalité interlope traite, sans concession, le néant d'une existence, qui, dans une déchéance morale, livre les corps, d'une beauté païenne, à la brutalité des sens. Inconsciente, la raison s'étourdit de plaisirs aussi intenses qu'insaisissables. Et la beauté se perd dans les excès répétés de la chair. Un discret thuriféraire entre en scène. Trop tard. Les chairs amorales triomphent d'une âme, qui, en des fumerolles d'encens, s'élève, suintante de ses péchés terrestres, vers un Ciel rédempteur. Illusoire, peut-être.

Charogne est un parfum charnel & décadent, qui se joue superficiel du sacré en subvertissant la tradition des vanités picturales. Cette composition nous invite, non à la sérénité & à l'ascèse, mais à une jouissance primaire, primitive presque; invitation perverse, qui, à dessein, livre le corps aux sens, mais n'absout pas l'âme de ses fautes.

Charogne, Shyamala Maisondieu, État libre d'Orange, 2007.