Chypre rouge

Anne St Marie, par Henry Clarke.

Anne St Marie, par Henry Clarke.

Longtemps, je ne me parfumais pas. Les odeurs, qui m'entouraient, m'écœuraient de leur banalité. Je refusais de m'infliger d'insipides compositions & préférais sentir ma peau brute. Le hasard voulut que je découvre Chypre rouge, de Serge Lutens. Cette rencontre olfactive m'a sidéré; j'ai, dans l'instant, aimé passionnément la puissance de cet oriental épicé. Sensible à cette exigence de perfection, et à cet esthétisme intransigeant, l'évidence de l'élégance lutensienne me fascine, encore.

Chypre rouge, premier émoi olfactif, me renvoie, irrésistible à d'anciens & raffinés appartements du troisième arrondissement parisien. Les notes olfactives - qui créent l'atmosphère d'une forêt, en automne, où l'humus, les feuilles, rougeoyantes, le gibier & les baies sauvages cohabitent avec brutalité - m'évoquent, réminiscence de cette rencontre, le contraste d'un Paris distingué & bohème.

Chypre rouge, maîtresse olfactive, m'a éduqué. Si - infidèle - de belles fragrances, de puissantes notes cuirées ou d'iconoclastes compositions me séduisent un temps, sans cesse, je reviens - frustré - aux créations exigeantes de Serge Lutens. Et, parfois, mélancolique, je me parfume abondamment de Chypre rouge.

Chypre rouge, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 2006.