[Chypre rouge]

 Anne St Marie | Henry Clarke.

Anne St Marie | Henry Clarke.

Longtemps, je ne me parfumais pas. Les odeurs, qui m'entouraient, m'écœuraient de leur banalité. Je refusais de m'infliger d'insipides compositions & préférais sentir ma peau brute. Le hasard voulut que je découvre Chypre rouge, de Serge Lutens. Cette rencontre olfactive m'a sidéré; j'ai, dans l'instant, aimé passionnément la puissance de cet oriental épicé. Sensible à cette exigence de perfection, et à cet esthétisme intransigeant, l'évidence de l'élégance lutensienne me fascine, encore.

Chypre rouge, premier émoi olfactif, me renvoie, irrésistible à d'anciens & raffinés appartements du troisième arrondissement parisien. Les notes olfactives - qui créent l'atmosphère d'une forêt, en automne, où l'humus, les feuilles, rougeoyantes, le gibier & les baies sauvages cohabitent avec brutalité - m'évoquent, réminiscence de cette rencontre, le contraste d'un Paris distingué & bohème.

Chypre rouge, maîtresse olfactive, m'a éduqué. Si - infidèle - de belles fragrances, de puissantes notes cuirées ou d'iconoclastes compositions me séduisent un temps, sans cesse, je reviens - frustré - aux créations exigeantes de Serge Lutens. Et, parfois, mélancolique, je me parfume abondamment de Chypre rouge.