Portrait of a lady

Anne St Marie, par Tom Palumbo.

Anne St Marie, par Tom Palumbo.

Si À rebours, collectionné avec frénésie & constance, éduqua Dorian Gray, et le livra, impuissant, au pouvoir despotique de sa beauté, le chef d’œuvre d'Oscar Wilde a corseté, exigeant, mes affinités esthétiques. Jeune homme, j'ai retardé, irraisonné, la lecture de ce roman sulfureux. Je pressentais qu'il me marquerait, indélébile.

Quelques années plus tard, Portrait of a lady, de son seul nom, m'intrigua; il m'évoquait - et m'évoque encore - négatif parfumé, The picture of Dorian Gray. Aussi, je l'ai apprivoisé, du moins je m'y suis efforcé, plusieurs semaines sans le sentir; la simple manipulation de son sobre flacon m'imprégnait, déjà, d'une atmosphère décadente & dangereuse.

À la première inhalation, cette atmosphère - poison froid, clinique presque - se distilla dans mes poumons & créa, subtile, une tension d'une beauté maîtrisée, qui, en un cillement, se déséduqua. J'en parfumai, sidéré, dans l'instant, la belle eurasienne japonisante, à la peau d'une pâleur aristocratique, qui m'accompagnait. Les contrastes d'un épiderme parfait, de fruits rouges gourmands, d'une rose poudrée, d'un girofle épicé & d'un patchouli terreux, me fascinèrent - et me fascinent, encore.

Si Dorian Gray, grâce à son double pictural, pouvait dissimuler aux regards des autres - et à ses yeux d'opiomanes - ses turpitudes & ses crimes, qui, implacables, flétrissaient sa beauté peinte, le sillage de Portrait of a lady, vénéneuse création de Dominique Ropion, cristallise la déchéance d'une beauté amorale.

Portrait of a lady, Dominique Ropion, Éditions de parfums Frédéric Malle, 2010.