Putain des palaces

Anne St Marie, par Tom Palumbo.

Anne St Marie, par Tom Palumbo.

Cette femme, à la beauté usée, boit avec excès; d'un fauteuil en cuir, il l'observe, distraitement. La fumée de cigarettes crée, dans ce bar d'hôtel, une atmosphère en clair-obscur, où les couples illégitimes s'effleurent, indécents. Ces amants, si opposés, se déchirent, puis s'abîment dans des baises erratiques; délaissée, d'un mari lassé d'un corps prévisible, elle recouvre, croit-elle, avec ce jeune homme, qui se perd sur sa peau marquée, son pouvoir de séduction.

Il la presse, sensuel, & s'imprègne de cette odeur, où l'agrume intensifie le parfum viril & la texture bestiale de cet épiderme délétère; cette maîtresse, à la féminité sciemment masculinisée, entretient une attraction répulsive & obsessionnelle.

Insensé, il l'entraîne, précipité, dans une chambre gris-bleu à l'élégance raffinée. Contraste avec cette liaison sordide. Le lit, une fois encore, abritera ces corps, éperdus & endoloris d'un désir inextinguible. Cette peau, où la vie a passé, exhale une rose, un peu fanée, et le poudré d'une violette ancienne; les corps se prennent & s'unissent, s'éloignent & se retrouvent, se tétanisent & se vident. Éreintés, ils s'entremêlent, un temps apaisés. De ce nœud vipérin, des notes animales & sales s'échappent; le cumin trahit des épidermes moites & haletants, l'ambre, doux-amer, tempère, à peine, les exhalaisons puissantes & cuirées d'un plaisir incontinent.

La sensualité animale de cette femme, plus putain que maîtresse, déchire les amants, une dernière fois. Cette nuit, la dernière. Au matin, elle fuira, douloureuse, ce jeune amant indélébile & ne laissera qu'un sillage, nostalgique, d'une passion dévorée.

Putain des palaces, Nathalie Feisthauer, État libre d'Orange, 2006.