Datura noir

Koizumi Hitomi, par Tatsuki Yoshihiro.

Koizumi Hitomi, par Tatsuki Yoshihiro.

Le premier parfum de Serge Lutens, Nombre noir, s'inspirait des armoires à poisons florentines de la Renaissance. Serge Lutens, curieux éclairé, a constitué, dans ses salons du Palais Royal, un cabinet de curiosités olfactives, où quelques compositions vénéneuses, au cœur des flacons cloches & rectilignes, affinent une collection de poisons. Je me plais à imaginer, entre des fioles d'extraits de digitale pourpre, de poudres d'antimoine & d'arsenic, se glisser, sans dépareiller, Bas de soieou Datura noir.

Les alcaloïdes puissants du datura asphyxient l’inconscient, qui, grisé d'anciennes transes, les inhalent. Serge Lutens, en empoisonneur, en a extrait les principes vénéneux pour, dans un triptyque de notes contradictoires, en recréer les effets hallucinogènes. Ainsi, dans une confusion des sens, le distillat entremêle, jusqu'à confondre, des notes d'agrumes, fraîches & acidulées, des fleurs blanches, virginales & corrompues, et une douce amertume - insaisissable, encore. Les psychotropes agissent; la raison est désorientée. L'amertume se précise; une note d'amande imperceptible trahit le poison. Trop tard.

Datura noir, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 2001.