Salons du Palais Royal

Anne Gunning, par Norman Parkinson.

Anne Gunning, par Norman Parkinson.

Le violet, qui sature les Salons du Palais Royal, crée, dans un ordonnancement strict, une atmosphère ecclésiastique & contrastée; d'un cabinet de curiosités, où quelques compositions vénéneuses se glissent, à un salon japonisant, qui trahit la rigueur d'une cérémonie du thé, d'une pièce secrète de cabaliste à un patio orientalisant, d'un boudoir libertin au cabinet d'un évêque, les salons lutensiens sont d'un raffinement décadent.

L'esprit & les sens, sans cesse, sont sollicités. Dans une lumière filtrée, camaïeu de violet, les yeux devinent les ombres des flacons cloches & un silence assourdit. Le visiteur ressent, quelques instants, cette oppression, qu'éprouva, à Florence, Stendhal écrasé, littéralement, par la beauté cruelle & excessive de cette ville renaissante.

À peine commençai-je à me maîtriser qu'une prêtresse récita, dans un rituel immuable, son credo. Confronté à Vitriol d'œillet & à De profundis, ma première impression fut visuelle. Serge Lutens dégrade, d'un parme à un mauve intense, un violet si élégant; il suggère, ainsi, l'évolution olfactive de ces compositions mortifères & fins de race. Les impressions immédiates suscitent l'envie d'apprivoiser des créations, qui - j'y reviendrai dans une prochaine chronique - auraient certainement séduit Dorian Gray, ou Jean des Esseintes.