Cuir d'iris

Modèle inconnu, par Willy Maywald.

Modèle inconnu, par Willy Maywald.

J'ai attendu longtemps pour découvrir Cuir d'iris, édité dans la Collection sur invitation, de Parfumerie générale.  Ce cuir était introuvable à Genève & à Paris. Ce désir curieux & irrépressible de Cuir d'iris fut instillé par la chronique éponyme de Sixtine. Je ne peux m'en expliquer.

Un jour, je le découvris par hasard. J'étais inquiet. Je l'avais à ce point idéalisé, que j'appréhendai la déception. Les instants les plus parfaitement beaux dans une rencontre amoureuse sont ceux qui précèdent la possession physique de l'objet convoité. Ensuite, le banal s'enchaîne. Je m'imposai donc de patienter encore. Valse hésitation; approche & recul. Enfin, je cédai à la tentation.

Sa dureté immédiate me frappa, brutalement. Cuir d'iris n'a ni la douceur venimeuse de Cuir venenum, ni la sensualité charnelle de Cuir mauresque, ni même la sécheresse tannée de Cuir ottoman. Seules quelques notes diffuses d'iris poussiéreux habillent cette brutalité d'une élégance négligée. À chaque inspiration, Cuir d'iris me soumettait un peu plus à sa domination sophistiquée. J'étais l'objet de ses désirs; réifié. Et contre ma nature, je ne pouvais m'interdire d'imaginer Venda impassible & lovée dans une fourrure de vison noir. À ses pieds, le soumis Leopold. Déchu de sa virilité, il supplie, implore, sa maîtresse de l'autoriser à enfouir son visage dans les plis parfumés du manteau. Contraste entre la douceur de la fourrure & la dureté de la cravache, qui cingle la peau. L'essentiel de Cuir d'iris est dans ce contraste.

Cuir d'iris, Pierre Guillaume, Parfumerie généralein Collection sur invitation, 2008.