Cuir mauresque

Modèle & photographe inconnus.

Modèle & photographe inconnus.

J'inaugurai Chypre Rouge en confessant, dans la chronique Cuir venenum, mon obsession pour les parfums aux relents de cuir. Si ma fascination, depuis quelques semaines, pour le jasmin m'en éloigna un peu, les temps humides & brumeux de l'automne attisent cette envie de sensations cuirées. Je me réapproprie, donc, avec délice, les quelques cuirs de ma collection; singulièrement Cuir mauresque.

Son sillage m'évoque le dos sublime d'une femme. Les quelques notes de fleur d'oranger en esquissent la pureté des lignes; l'écorce de mandarine, la douceur de l'épiderme. Cette vision fugace suscite le désir d'effleurer ce dos. Les courbes dorsales, nerveuses & graciles, dirigent des doigts légers aux caresses imperceptibles; ces effleurements s'épicent de cannelle, de muscade & de girofle. Sur ce dos, encore innocent, la pression des doigts s'intensifie; des mains indécentes suggère la moiteur d'un cumin charnel.

La tension affranchit les pudeurs; les caresses s'animalisent. Le dos se teinte, fébrile, d'odeurs entremêlées d'ambre & de civette, de cèdre & de musc. Le cuir des épidermes écrase, enfin, le désir. À l'abandon succède une nostalgie lucide, qui, dans une ultime & vaine décence, voile ce dos, sublime & vaincu, de fumée de myrrhe, de styrax & d'encens.

Cuir Mauresque, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 1996.