Fougère Bengale

Modèle inconnu, par Tom Palumbo.

Modèle inconnu, par Tom Palumbo.

Je ne voyage pas, ou si peu. Aux souvenirs de pérégrinations, je préfère l'idéalisation d'un Orient, imaginaire & raffiné, au gré de lectures ou de rencontres avec des œuvres picturales & des objets anciens; certains parfums, parfois, me transportent dans des mondes inconnus. Fumerie turque esquissa «des soirées paresseuses, où les hommes, en cercle autour d'un thé sucré à l'excès, enfument, d'un tabac vaporeux, un salon bruyant & oppressant». Fougère Bengale, lui, m'ouvrit les portes d'une maison coloniale en Inde britannique.

Il paraît que Marc-Antoine Corticchiato s'inspira pour créer cette fougère d'une chasse au tigre. Peut-être. Les sens sont si capricieux. Mais loin des odeurs de sang & de poudre, Fougère Bengale m'évoque le confort & le raffinement d'un club anglais, où quelques lords, exilés aux Indes, se sont apprêtés & parfumés d'une eau de Cologne aux imperceptibles effluves de lavande, pour finir une après-midi protégés, derrière des jalousies, des rayons d'un soleil déclinant. Ces lords lisent, nécessairement, quelques journaux, fument d’exquises cigarettes - Treasurer, peut-être? - et boivent quelques gouttes d'un thé noir & épicé. Cette évocation nostalgique ralentit un temps, qui s'écoule si lentement & si sereinement.

Fougère Bengale, Marc-Antoine Corticchiato, Parfum d'Empire, 2007.