La Myrrhe

Lisa Fonssagrives, par Irving Penn.

Lisa Fonssagrives, par Irving Penn.

Les présents des rois mages symbolisent la Sainte Trinité. L'or incarne le Père; l'encens, le Fils; la myrrhe figure - l'incarnation est proscrite - l'Esprit Saint.

En rupture avec cette désincarnation, La Myrrhe esquisse un contraste ambigu, où la chair, insidieusement, incorpore l'esprit. Serge Lutens, en clair-obscur, enserre sa myrrhe d'accords boisé, épicé & pimenté; et l'animalise d'une absolue de jasmin & d'un ambre puissants.

Inhaler La Myrrhe, s'est se soumettre, malgré soi, aux tentations. Serge Lutens, fin séducteur, se joue de nos faiblesses pour nous livrer, sans retenue, aux délices coupables de la chair. L'évanescence de la myrrhe nous éloigne de l'idéal de saint Jérôme, qui, stoïque, résista à ses obsessions nocturnes; et nous assimile à ce roi pathétique, qui offrit la tête de saint Jean-Baptiste à Salomé, pour jouir, enfin, de ses faveurs.

La Myrrhe, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 1995.