Habanita

Capucine, par Georges Dambier.

Capucine, par Georges Dambier.

Habanita est un classique énigmatique; ni le nom de son créateur, ni son année de création, ne sont précisément connus. Sa formule complexe incarne les excès des Années folles, où les femmes fumaient en public, s'enivraient & aimaient comme des hommes. L'émancipation était féminine; les garçonnes provocantes ne pouvaient que s'approprier un jus, où s'entremêlent, dans un chaos olfactif construit, des notes poudrées, de tabac, de bois & de cuir.

Ses origines incertaines & son éclat subversif ne pouvaient que m'attirer, irrésistiblement; avant même de le sentir, je désirais l'aimer. Et je confesse que la première rencontre - trop idéalisée, peut-être - me déçut. J'espérais des notes puissantes, elles n'étaient qu'oppressives; un esprit canaille, il était putassier. Et je ne pouvais, pourtant, m'interdire d'y revenir, sans cesse; comme cet amant ne peut s'interdire de retourner, encore & encore, à cette maîtresse, qu'il veut détester, mais qu'il ne peut que désirer davantage.

Cette liaison erratique dura longtemps. Je m'en éloignais quelque temps; et je n'avais qu'une envie, m'en parfumer. Je m'en parfumais; et je ne souhaitais que de me défaire de cette eau de toilette, qui, des heures durant, imprègne chaque cheveu & chaque parcelle de l'épiderme. Aussi, l'invitation, charmante & sibylline, pour découvrir le nouvel Habanita m'inquiéta, un peu; les températures sibériennes du mois de février m'offrirent un prétexte pour esquiver cette énième confrontation.

Je me sentais d'autant moins coupable, qu'il s'agissait de la présentation d'une réécriture. Et rares sont celles, qui me convainquent. Ce procédé, qui choquerait s'il s'agissait de littérature ou de peinture, semble admis en parfumerie; et cela est, me semble-t-il, regrettable. Les réécritures au mieux affadissent les compositions originelles, au pire les dénaturent. Et il y a, parfois, des exceptions; le nouvel Habanita en est une.

Loin d'une réécriture, le travail s'apparente à une restauration de l’œuvre, qui a su en préserver l'esprit & la complexité. La puissance du nouvel Habanita est éclatante; son caractère n'oppresse plus, il charme. Et si l'aspect poudré, si caractéristique des parfums anciens, domine encore, il voile, à peine, une sensualité épidermique. Cette structure recouvrée instille - paradoxe, peut-être -, au nouvel Habanita, le maintien d'une flapper élégante.

Habanita, créateur inconnu, Molinard, 1924.