Garofano

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

Dorian Gray, par Otto Verhagen.

J'envisageais, à l'origine de cette chronique, d'évoquer la relation de Dorian Gray avec les parfums, que celui-là «étudia quelques temps» en «s'initiant aux secrets de leur fabrication, distillant les huiles aromatiques & brûlant les gommes odorantes de l'Orient». L'unique paragraphe du Portrait de Dorian Gray consacré à la parfumerie impose un constat: le Dandy, s'il entrevoit, certes, «qu'il n'est pas un seul état d'esprit qui n'ait son correspondant dans la vie sensorielle», se limite à une curiosité superficielle.

L'envie d'évoquer Oscar Wilde et, à travers lui, l'atmosphère d'un dix-neuvième siècle décadent, me tenait; je décidai, donc, de traiter Garofano, de Santa Maria Novella, dont, selon la rumeur, l'écrivain irlandais se parfumait abondamment. Le style ancien, désuet presque, de cette acqua di colonia, me frappa; sa grammaire poudrée & opaque - malgré de probables réécritures - est très dix-neuvième.

J'imagine, volontiers, que cet œillet dépouillé, qui structure cette composition, devait s'harmoniser, à la perfection, avec celui qu'accrochait, avec méthode & excentricité, Oscar Wilde à sa boutonnière; ton sur ton, l'effet de ce soliflore eût pu être terne, si un corset d'aromates, singulièrement de girofle, ne le rehaussait pas d'une sensualité & d'une puissance, un peu troublante.

Garofano, créateur inconnu, Santa Maria Novella, 1828.