Speakeasy

Faye Dunaway, dans Portrait d’une enfant déchue.

Faye Dunaway, dans Portrait d’une enfant déchue.

Marc-Antoine Corticchiato est un parfumeur discret, trop. Il entrecoupe, pourtant, ses longs silences de petites perles. L'année dernière, Azemour, les orangers; cette année, l'irrésistible Musc Tonkin et, pour Frapin, Speakeasy. Ce rythme de travail - si décalé dans un milieu, où une nouveauté chasse l'autre - impatiente, parfois, ses amateurs, mais ne les déçoit, jamais.

Pour sa première collaboration, il me semble, avec Frapin, Marc-Antoine Corticchiato nous introduit dans un fumoir élégant & boisé. Si loin des clichés d'un cadre à l'élégance austère & aristocratique, où les hommes repus, pour se délasser, abandonnaient leur veste pour une de smoking, Speakeasy suggère, si délicatement, un univers, dont les mâles sont les accessoires de femmes à la légèreté mélancolique.

Dans un ordonnancement implicite, les rôles sont distribués. Les femmes, maîtresses du temps, se grisent de cocktails exotiques, un mojito; les hommes, si conventionnels, préfèrent le whisky. Le cognac, peut-être. Et de cette ivresse mondaine se détache, un peu floue, une femme à la beauté absolue. Les hommes la convoitent; elle en joue. Elle ne désire que des inconnus éphémères, dont seule l'empreinte olfactive, au matin, imprégnera son épiderme d'un sillage délicat de vapeurs d'alcool entremêlées d'un subtil tabac.

Speakeasy, Marc-Antoine Corticchiato, Frapin, 2012.