Bas de soie

Modèle & photographe inconnus.

Modèle & photographe inconnus.

La froide perfection de Bas de soie m'évoque Albertine, non la garce inconvenante de La Recherche du temps perdu, mais l'amante frigide du Rideau cramoisi; la première des diaboliques aurevilliennes.

Les notes vertes, froides & fusantes, esquissent l'impassibilité d'Albertine, aristocrate égarée dans une famille bourgeoise, donc médiocre; et, déclassée, cette jeune femme sait, altière, se maîtriser. Elle séduit, impavide, ce jeune Dandy militaire. Il s'impatiente; elle, perverse, esquive. Elle veut, muette, le marquer, irrémédiablement.

À l'insu de ses parents, Albertine se donne, chaque nuit, à cet amant tyrannique. Et sa froideur apparente dissimule une maîtresse experte & raffinée; son épiderme s'imprègne d'une hyacinthe sanguine. Ni sentiment ni émotion; seule, une jouissance animale domptée. La répétition des nuits usent la passion, peut-être. Exsangue, Albertine, diabolique sublime, meurt - se suicide? - sous le corps de son amant. Et l'iris immuable conserve la beauté d'une silhouette, il y a quelques instants, si belle encore de froideur.

Bas de soie, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 2010.