Ambre

Anne Gunning, par Norman Parkinson.

Anne Gunning, par Norman Parkinson.

J'écrivis dans un de mes carnets: «sombre, un peu poudré, cet ambre s'approprie une sensualité orientale, ancienne & idéalisée; Shéhérazade s'esquisse». Cette dernière allusion, sans doute, est périlleuse en ce qu'elle invoque un orient imaginaire & fantasmé; et malgré le risque du cliché, je ne retranche rien. Cette création s'inscrit, sans dénoter, dans une veine orientaliste, qui inspira des œuvres littéraires et picturales, si essentielles.

L'haleine, chaude & sensuelle, de Shéhérazade distille à nos narines troublées un souffle vanillé, qui, inconsciemment, nous suspend à ses lèvres incarnates, nécessairement. Le récit? Secondaire. L'image, seule, cristallise l'attention; l'enjeu est mortel. Dans cette chambre nuptiale d'un luxe excessif, quelques objets en bois ciselés, qui traînent dans un désordre savant, imprègnent l'atmosphère. La pénombre estompe les courbes d'une Shéhérazade vêtue, à peine, d'un voile d'ylang-ylang; elle se love, féline, aux pieds de son maître. Cet abandon est factice; ses sens sont aiguisés. Sa beauté, à chaque mot, risque la mort. D'une imagination prostituée, nuit après nuit, Shéhérazade sait, en se refusant physiquement, attiser, ou frustrer, ce désir masculin; et à l'aube ne laisser d'elle qu'un sillage de benjoin, vaporeux & confus.

Ambre, Mona di Orioin Les Nombres d'or, 2010.