Cozé

Barbara Mullen, par Norman Parkinson.

Barbara Mullen, par Norman Parkinson.

Cozé est une étrangeté. Il m'évoque, sans le porter, l'atmosphère que croque Théophile Gautier dans son article Le Club des haschischins. Et j'apprécie cette sensation particulière qu'offre certains parfums, inconsciemment sans doute, de créer - non, de recréer - des ambiances, sinon imaginaires, du moins inconnues.

Aussi, je reconstruis dans mon esprit, en m'imprégnant de Cozé, cette réunion semi-clandestine, où devaient, à cette table dressée «de toute sorte de vaisselles extravagantes & pittoresque», se côtoyer Charles Baudelaire, Eugène Delacroix & Honoré de Balzac. Et dans l'atmosphère décadente de ce salon, si ancien régime, de l'hôtel de Lauzun, ces artistes brisent leur conscience en dégustant «un morceau de pâte ou confiture verdâtre», en entrée d'un dîner inspiré de ceux de la secte, si redoutable, des haschichins.

Le narcotique exacerbe les perceptions. Et l'hypersensibilité accentue piment & poivre, qui épicent ce dîner, si ralenti des effets de la drogue. Et nos sens trompés animalisent, à la façon de Lavater, les figures humaines. Certains nez deviennent des becs de corbeaux; d'autres convives, aux yeux exorbités, des grenouilles. Pour prolonger, un instant, la compagnie de ce bestiaire fantastique, partager un «café à la manière arabe»; marc sans sucre. Le dîner, inexorablement, tire à sa fin. La plénitude s'estompe dans un dernier effluve de cacao, dont la douce amertume retient, si précaire, cette émotion artificielle & sereine, pourtant.

Cozé, Pierre Guillaume, Parfumerie généralein Collection numéraire, 2002.