La Fille de Berlin

Victoria von Hagen, par Erwin Blumenfeld.

Victoria von Hagen, par Erwin Blumenfeld.

Confronté à La Fille de Berlin, la première impression est visuelle. La puissance de ce rouge sanguin & translucide saisit. Le choc, ainsi suscité, influence nécessairement sa perception olfactive; une violence, brutale & perverse, s'esquisse.

Sur peau, les traits se précisent, dès les premières notes. Je crois y deviner les traces subreptices de la colère froide de Vitriol d’œillet. Égarement, peut-être; sujétion, certainement. La violence - qu'inspire, à dessein, ce rouge sang - est l'accentuation d'une colère originelle. Cette rose soliflore est un crescendo des passions: la colère froide d'une femme blessée, la violence d'un sentiment trahi, l'abandon d'une chair obsédée.

Aux cimaises de la violence succède une sensualité puissante; une crise d'éréthisme, presque. La rose poivrée & boisée s'abandonne; elle se donne, sans retenue, à son désir inextinguible. La Fille de Berlin nous initie aux affres d'une passion, aux méandres d'une raison livrée à ses seuls sens. Mais cette rose qui s'éteint finit par n'être qu'un corps épuisé & dompté. Et d'une passion, si essentielle dans l'instant, il ne reste que quelques impressions fugaces, des sensations amères, jamais douces. La Fille de Berlin est une vanité; un indispensable, donc.

La Fille de Berlin, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 2013.