L'Odeur d'un cabinet

Devanture de boutique.

Devanture de boutique.

La constitution d'un cabinet de curiosités est un sacerdoce, qui éprouve humilité, patience & frustration. Le curieux accepte - il le doit - de n'être qu'un collectionneur de monstres & de merveilles; il a conscience - il le devrait - qu'il ne structurera jamais son cabinet idéal, car, sans cesse, il lui manquera l'objet essentiel. À ses renoncements, le curieux ajoute encore l'exigence; celle de ne pas accumuler, sans discernement, des objets pour produire un quelconque effet sensationnel. Chaque objet, en effet, doit intrinsèquement être esthétique - les notions de laideur & de beauté sont si particulières pour le curieux, qu'il conviendrait d'y consacrer une chronique ad hoc. Chaque objet, donc, doit être intrinsèquement précieux, mais il doit aussi s'intégrer, sans dénoter, dans un ensemble & esquisser, ainsi, une atmosphère curieuse.

Et si, depuis quelques semaines, je m'efforce d'ordonnancer mon cabinet de curiosités, pour qu'il intègre celui de travail, je m'interroge, aussi, sur l'empreinte olfactive de cette pièce. Je me devais de saisir le désordre apparent d'une collection, qui confronte de rares curiosa naturalia à des curiosa erotica - curiosités, à mon sens, hybrides - & des curiosa religiosa, qui trahissent ma fascination d'un catholicisme ancien & flamboyant.

Quelques essais d'odeurs construites, je pense notamment à Russian nights, des Éditions de parfums Frédéric Malle, ou à Hiver en Russie, de Guerlain, me séduisirent, sans doute, mais ne s'intègrent qu'imparfaitement à mon cabinet de curiosités. Je réduisis, donc, mes réflexions à un soliflore. Et, après quelques égarements, je fus conquis, dans l'instant, par Jasmin, de Diptyque. Le jasmin, fleur blanche, souligne, sans vulgarité, les curiosa erotica; cette fleur charnelle se teinte d'une sensualité, jamais obscène. Et, au contraire d'une tubéreuse, dont les relents sont si explicites, le jasmin n'est jamais blasphématoire, il ne heurte donc pas les curiosa religiosa. Les fumées de cette bougie m'évoquent même - non dans les notes,  mais dans l'impression, dans le rendu - l'opulence mortifère du lys, qui orne les chapelles endeuillées & tendues de noir.