Russian nights

Suzy Parker.

Suzy Parker.

J'évoque un souvenir - un peu ancien, déjà - , celui d'un sobre pot uniformément rouge, dont la cire consumante créait, dans le salon, une atmosphère de samovar. Cet indispensable de l'intérieur russe - vainement chiné, depuis des années - structure, autour de lui, la pièce. On ne le relègue pas dans une cuisine; on l'exhibe. Et de son eau, toujours bouillante, la maîtresse de maison infuse, en quelques instants, un thé réconfortant aux sept agrumes, peut-être. En quelques gorgées épicées, la sensation d'un froid pénétrant s'estompe; et la pièce d'une tiédeur paresseuse s'anime.

Russian nights stylise, en quelques notes, ce contraste d'une Russie idéalisée. D'un santal, qui évoque le parquet - couvert de tapis épais - aux épices, qui parfument le thé & les mignardises, rien n'est négligé. Le froid même, celui qui s'insinue par les fenêtres - calfeutrées, pourtant - s'incarne dans un iris strict. Et j'éprouve la nostalgie d'un intérieur russe, inconnu.

Russian nights, Sophia Grojsman, Éditions de parfums Frédéric Malle, 2010.