Tilleul

Vikki Dougan, par Nina Leen.

Vikki Dougan, par Nina Leen.

Parfum de la fin de l'innocence. Cette demoiselle n'est plus une enfant, et n'est pas encore une femme. Et cet instant fugace, si fragile, Tilleul le saisit.

Une douceur fraîche, imperceptiblement acidulée, esquisse cette jeune fille espiègle, taquine & insouciante; elle apprécie, encore, les plaisirs simples d'une partie de campagne, où à l'ombre des tilleuls, elle gambade, pieds nus, dans une herbe grasse, aux notes si vertes, d'un massif d'angélique aux si beaux cyclamens pourpres.

Ces derniers instants de l'enfance la fatiguent; & la lassent, un peu. Elle s'abandonne, allongée dans cette herbe si verte, aux piqures du soleil. Ses pensées, décousues, devinent, si confusément, d'autres jeux; elle est un peu déconcertée. L'idée, si insaisissable, de plaisirs nouveaux l'attirent & l'effrayent; son épiderme brûlant s'imprègne, inconscient, d'une moiteur miellée & suave. Soudain, un papillon virevolte; et l'enfance, pour un temps encore, anime ce corps, si fin.

Tilleul, parfumeur inconnu, Parfums d'Orsay, 1911.