Arso

Modèle inconnu, par Karl Schenker.

Modèle inconnu, par Karl Schenker.

Je redécouvris, presque par hasard, la semaine dernière, dans le désordre structuré de mon secrétaire, un échantillon de Arso: parfum italien, qui, dès sa création, me sidéra & m'obséda de longues semaines, avant qu'il disparaisse - sans que je puisse me l'expliquer - entièrement de mon esprit. Une toquade, peut-être? J'appréhendai, un peu, de le sentir à nouveau. La crainte d'être déçu, de renier, ou de corrompre, mon ancienne attirance, mais les premières notes dissipèrent les inquiétudes puériles. La fascination opéra, encore.

Je me délecte d'une sensualité maîtrisée, d'une élégance subtile, d'une puissance domptée. Ce boisé est, sans doute, un feu de cheminée, pour certains. À mes sens, il est un dos de femme, qui se teinte d'un cumin, un peu canaille, et d'un encens profane. Rien d'autre. Et cela m'interroge. Les cuirs - et non les boisés - m'évoquent, presque invariablement, dans les premiers instants, les lignes strictes & précises d'un dos féminin. Ce croquis dorsal s'estompe à mesure que je m'approprie la composition, que je la dissèque; mon intelligence domine alors mes sens & élabore des impressions plus structurées, plus complexes. Peut-être est-ce pour saisir ce dos - et seulement ce dos -, qu'à l'époque, inconsciemment j'oubliais Arso? Une toquade, non; une sensualité primaire.

Arso, parfumeur inconnu, Pro Fumum Roma, 2010.