Aziyadé

Veruschka, par Horst P. Horst.

Veruschka, par Horst P. Horst.

Confronté à Aziyadé, je fus submergé de sa lascivité chaleureuse - oppressante, presque - et miellée. Et la tentation du roman éponyme, de Pierre Loti, s'imposa.

La structure du parfum en arabesque orientalisante sur-impressionne, avec une rigueur géométrique, des notes contradictoires, parfois, & contrastées, nécessairement. D'un cumin qui animalise un épiderme échauffé; d'un cardamome qui dessine des lèvres poivrées; d'une cannelle qui exacerbe les courbes sensuelles, le corps de cette femme, Aziyadé, s'esquisse.

Cette maîtresse idéalisée, d'une sensualité fatale, danse féline dans un Orient, que Pierre Loti croqua, passionnément, au fil de ses œuvres; au gré de la construction intransigeante de son personnage. Cette figure structurée, si souvent rencontrée au hasard de lectures décadentes, m'intriguait - et m'intrigue, encore - sans que je ne me décide, non à le démasquer - cela serait vain -, mais à m'initier à son esthétique orientaliste & androgyne. Cet homme - ce Dandy? -, dans un siècle affadi de conventions sociales médiocrement bourgeoises, cultiva à l'extrême un raffinement oriental. De ses yeux jais, qu'il rehaussait adroitement de kohl, de sa chevelure, qu'il parfumait d'absolue de rose, à son intérieur somptueux, qu'il ordonnança patiemment, il sertit, ainsi, son talent & son intelligence d'un orientalisme sensuel & trouble.

Et l'univers de ce décadent absolu, Marc-Antoine Corticchiato sut le saisir - je l'imagine ainsi - en confrontant un patchouli terreux à une vanille charnelle, en sacralisant les délices des corps d'un encens entêtant & en rafraichissant l'esprit d'oranges acidulées. Ce sont dans ces dégradés, si suggestifs, et pourtant si impénétrables, que je projette l'impossible passion amoureuse, qui soumet Aziyadé à son amant; Pierre Loti, peut-être.

Aziyadé, Marc-Antoine Corticchiato, Parfum d'Empire, 2008.