Coco

Fifth Avenue Reflection, de Frank Paulin.

Fifth Avenue Reflection, de Frank Paulin.

Je découvre, depuis peu, les parfums Chanel, que je négligeais - à tort, sans doute - depuis si longtemps; à force de les sentir, en toutes circonstances, sur un épiderme aimé, la curiosité s'endort. Je me suis, certes, approprié, au gré de pérégrinations parfumées, Cuir de Russie & les numéros 19 - en extrait, nécessairement - & 22, mais les autres créations, qui m'entourent, qui m'imprègnent, me sont - paradoxalement? - restées inconnues. Ce sont les parfums de l'autre; l'odeur en devient, donc, indécelable.

Ainsi, je pille, au gré de mes caprices, les armoires de cette autre. Une collection, patiemment construite, de flacons Chanel s'offre à ma curiosité; certains sont anciens, d'autres plus récents. Je m'efforce de m'imprégner des odeurs originelles; les reformulations risquent de me laisser indifférent, si ce n'est de me déplaire. Et cette découverte, si peu systématique, me confronta, presque par hasard, à Coco.

Ce fut un coup de foudre. Son opulence orientale me sidéra. Et s'il est - l'histoire est connue - le premier parfum composé après la mort de Mademoiselle Chanel, il en reprend, fidèle & respectueux, tous les codes. Dans une profusion baroque, il évoque & entremêle les paravents en laque de Coromandel, les volutes de cigarettes, la rigueur des petites robes noires rehaussées de bijoux excentriques, l'inconvenance de garçonnes émancipées & la fraîcheur aldhéydée d'élégantes amoureuses.

Coco, Jacques Polge, Chanel, 1984.