Corsica furiosa

Modèle inconnu, par John Rawlings.

Modèle inconnu, par John Rawlings.

L'instabilité chimique du pigment vert - et sa toxicité - firent, longtemps, de cette couleur celle du hasard, de la précarité des sentiments & des amours incertaines; les débordements des passions s'y esquissent & s'y devinent en filigrane. Et la verdeur absolutiste de Corsica furiosa de l'inscrire dans ce dérèglement des sens; l’intention même du titre - furioso - en intensifie la violence, la fureur.

Si ce chypre vert est, à l'évidence pour le parfumeur, une réminiscence de sa terre natale, il m'évoque, non un terroir, mais la nostalgie des passions défuntes. Dans un crescendo structuré, Marc-Antoine Corticchiato, des notes de tête à celles de fonds, en croque chaque stade. Ainsi, l'ouverture, qui entremêle bergamote, citron & pamplemousse, esquisse la légèreté pétillante - innocente, encore - d'une rencontre; et, pourtant, anticipation funeste, il se devine - au fond - l'épuisement & l'abandon des corps sur une mousse de chêne mélancolique. Au cœur, la trahison du jasmin s'esquisse déjà. Les effets de cette fleur blanche, qui suggère la décomposition des chairs adultères, sont surpiqués de notes vertes fusantes, hystériques presque. Et la folie de s'instiller indélébile dans l'esprit.

Corsica furiosa, Marc-Antoine Corticchiato, Parfum d'Empire, 2014.