Cuir de Russie

Nena von Schlebrügge.

Nena von Schlebrügge.

La légende est connue; éculée, presque. Et je m'y réfère, pourtant. Les clichés me fascinent en ce qu'ils véhiculent, en quelques traits convenus, une atmosphère, sans eux indescriptible. La légende, donc. Au service du tsar, les cosaques - ces hommes libres - imprégnaient leurs bottes, le soir, autour du feu, d'essence de bouleau; ils se préservaient, ainsi, du froid & de l'humidité. L'odeur était entêtante, aussi.

Libres encore, mais déclassés, par une révolution insane, ces impavides & mélancoliques officiers s'exilèrent à Paris. Dans l'insouciance factice des Années folles, ils entretinrent, avec nostalgie, ce cuir tanné, si singulier. Et les relents fumés de Cuir de Russie saisissent cette ambiance; ils m'évoquent insidieusement cette atmosphère de déchéance, où de sublimes aristocrates désespérés s'abîment, avec légèreté, dans l'absinthe, le tabac & les femmes. Leurs bottes claquent sur le pavé parisien. Et résonnent, sans fin.

Cuir de Russie, Ernest Beaux, Chanel, 1924.