Ambre sultan

Modèle & photographe inconnus.

Modèle & photographe inconnus.

Depuis longtemps - et sans raison -, je délaisse Ambre sultan; c'est presque par hasard que, récemment, je le redécouvris. Cette opulente composition saisit, à en croire Serge Lutens, les impressions de son premier voyage à Marrakech, à la fin des années soixante; il serra précieusement, dans une boîte en loupe de thuya, un morceau d’ambre offert. Au fil du temps, le contenu & le contenant entremêlèrent leurs odeurs pour créer, inconsciemment, l'inspiration de l'esthète. L'anecdote est séduisante.

En une société nomade, si ce n'est déracinée, je cultive mon immobilisme. Aussi, mon Orient s'imprègne de Gustave Moreau, se teinte marginalement de Pierre Loti & s'obsède des clichés ethnographiques de Lehnert & Landrock, notamment. Cet Orient idéal est figé, cela me convient; Ambre sultan l'anime, cela me trouble. L'impression que produit cet accord ambré, d'une simplicité déconcertante, est fulgurante. Trois notes - ciste, labdanum & vanille - justement dosées créent une tension, qui déroule, à l'infini, une atmosphère sensuelle & oppressante: les corps lascifs de femmes insolemment sublimes; des épices, qui saturent des ruelles encombrées; des essences de bois précieux, qui imprègnent les tissus vaporeux. Et l'odeur de la sécheresse des pierres & du sable complète, en contraste, cette composition chaotique & structurée.

D'une anecdote séduisante & si personnelle, Serge Lutens a extrait une atmosphère intemporelle & universelle; d'une simplicité olfactive, il a su révéler une complexité infinie. C'est peut-être cela qui distingue un parfum d'une quelconque accumulation d'odeurs.

Ambre sultan, Christopher Sheldrake, Serge Lutens, 2000.