Dans tes bras

Betty Threatt, par Louise Dahl-Wolfe.

Betty Threatt, par Louise Dahl-Wolfe.

Dans tes bras est le parfum de l'absence; d'une absence interdite. Ce manque du corps aimé s'insinue insidieusement jusqu'à suggérer une douce tristesse, qu'accentue la rencontre improbable d'une violette lancinante & d'un encens voluptueux. Le confrontation de ces contraires olfactifs ne peut que tirailler l'esprit & les sens et, ainsi, les abîmer dans une torpeur nostalgique. Et ni l'éphémère des notes de têtes ni la brutalité de l'encens ne briseront la monotonie d'une violette, qui, faussement timide, instille implacable une mélancolie triste; son déroulement linéaire, monotone presque, l'exacerbe.

Dans cette atmosphère grise & irréelle, je m'étonne que certains devinent dans ce sillage «une peau chaude», ou y espèrent «une sensualité intime». Si de telles impressions se perçoivent, elles ne peuvent être que les réminiscences d'instants heureux, mais, aujourd'hui, évanouis. Et pourtant, certains s'entêtent.

Et si je me trompais? Et si la complexité d'une composition qui, d'un épiderme l'autre, distingue jusqu'à se contredire, m'égarait? Et si Dans tes bras n'était qu'un révélateur inflexible de nos humeurs, de nos pensées? Cette composition ne serait, donc, ni le parfum des élégances ni celui d'une mode - ou d'une époque -, mais une pure création abstraite. Dont le sens ne serait donné ni par son créateur, encore moins par les critiques, mais par la peau imprégnée; et par elle seule.

Dans tes bras, Maurice Roucel, Éditions de parfums Frédéric Malle, 2008.