Années folles

Carmen dell'Orefice, par Norman Parkinson.

Carmen dell'Orefice, par Norman Parkinson.

Du fusant des premiers instants d’amants adultères à l’amertume d’un amour, qui se décompose, en s’égarant en une sensualité sage, Années folles saisit l’atmosphère d’un roman négligé, Le Malentendu, d’Irène Némirovsky. La femme est légère & androgyne; lui - homme déclassé -, sombre & désabusé. Ils se troublent & se séduisent, puis s’aiment; à moins qu’ils ne confondent l’incandescence du désir avec l’intensité de l’amour.

D’une lavande, corsetée d’aromates, qui figure la légèreté d’une liaison méridionale, il ne reste rien dès le retour parisien. Les amants ne rompent pas - ils sont étrangers au tragique des sentiments -, ils espèrent se lasser & s’éloigner. Lui, s’isole; elle, se donne à un autre. L’ordinaire de leur intimité - ultime illusion - imprègne leurs chairs d’une mélancolie ambrée. L’animalité des corps s’est estompée.

L’élégance d’Années folles sublime la tristesse d’un amour illusoire, d’un désir avorté. Et si sa légèreté est artificielle - factice, presque -, c’est qu’au fond cette composition nous livre à une solitude insondable.

Années folles, Marc-Antoine Corticchiato, La Parfumerie moderne, 2015.